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 Les Minorités du Japon

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Ichibi Gaara zoro
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MessageSujet: Les Minorités du Japon   Sam 2 Jan - 4:59

Voici un dossier totalement exclusif sur les minorités du Japon ! En effet, le Japon n'est pas une société aussi homogène que l'on veut bien le croire !

Ici, nous traiterons d'un certain nombre de minorités ethniques ou sociales.
Dans la forme, nous séparons ici les minorités: un message posté pour une minorité.


Dernière édition par Ichibi Gaara zoro le Jeu 29 Nov - 2:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:03

Introduction :

Un Japon uni et indivisible, c'est l'image répandue du pays du Soleil Levant. Il s'agit en effet, de l'idée véhiculée par le gouvernement nippon, présentée comme la force de ce pays, élément moteur du modèle japonais. Le concept du Japon comme nation ethniquement pure trouve son origine sous l'Ere Meiji, quand le gouvernement d'époque donne à une population hétérogène le sens d'une homogénéité et d'une communauté. Le gouvernement Meïji a voulu supprimer les identités régionales, ainsi que les castes dans le but de mettre tout le peuple sur une même ligne idéologique, afin d'acquérir une homogénéité socioculturelle en adéquation avec l'identité ethnique (dominante). Il y a eu longtemps la notion de « race », les japonais se considérant comme la race supérieure, pure, induisant de ce fait une hiérarchie vis à vis des autres populations. Cela justifia entre autre la colonisation à la fin de XIXème siècle. Cependant, les populations « différentes » à l'intérieur du pays ont aussi connu cette hiérarchie, et donc la discrimination, car il y a bien des minorités au Japon. On y trouve en effet une hétérogénéité ethnoculturelle du fait, de son histoire (différentes vagues de migration) de sa géographie (un archipel constitué de plus de 6800 îles) et du contexte de cosmopolitisation (immigration, et retour de japonais immigrés).
Pourtant, pour le Japon, cette hétérogénéité n'est pas évidente, ainsi lorsque les Nations Unies lancèrent un appel pour « l'élimination des discriminations contre les minorités » [journée internationale célébrée] en 1986, ce dernier lui répondit qu'il n'existait pas de telles minorités au Japon, et que par conséquent il ne pouvait y avoir de discrimination, (il faut comprendre de « telles minorités » au sens des minorités telles qu'il peut yen avoir dans les pays occidentaux). En outre, il leurs rétorque que les pays où sévit la discrimination ne devraient avoir l'audace de les conseiller à ce sujet. Cette prétention à l'homogénéité est due au fait qu'il n'y a pas vraiment de différences visibles de « races » entre les minorités et le peuple dominant à l'exception peut-être des ainous (dont nous reparlerons plus tard). La reconnaissance des minorités ethniques ne se fera qu'à la fin des années 90.
Ainsi le Japon ne fait pas exception aux autres pays d'Asie, qui possèdent de nombreuses ethnies différentes mais très faibles numériquement, longtemps qualifiées (et toujours présent dans les mentalités) de citoyens de seconde zone. Ce sont donc des minorités fragiles. On peut prendre l'exemple des Uiltas (ou Orokés) de Sakhaline, dont les derniers individus se sont éteints à Hokkaidô.
C'était un peuple proche des Ainous. Lorsque Sakhaline était sous domination japonaise, ils ont été utilisés comme garde frontière en raison de leur condition physique, mieux adaptée au froid des hautes latitudes Nord que le peuple japonais. Cependant, une fois le Japon vaincu en 1945, les russes prirent possession de l'île et reconnurent en ce peuple un danger (espion à la solde des japonais). Ils ont donc été envoyés aux travaux forcés en Sibérie. Une fois leur peine terminée, la tribu avait presque disparu, quelques individus allérent au Japon, à Hokkaidô pour recevoir une indemnité. Cependant, le Japon ne reconnut pas en eux des japonais, leur origine étant considérée comme incertaine. Parlant mal la langue, sans nationalité, ni connaissance, ils n'ont pu subsister dans cette société moderne, subissant en outre de plein fouet la discrimination administrative et sociale. Un unique musée sur Hokkaidô « Jakka Dofuni » retrace l'histoire de ce peuple.
Le Japon est une société anciennement hiérarchisée, où se trouvaient des castes, et bien qu'elles furent abolies à l'Ere Meïji, et que les discrimination soient donc interdites, celles-ci continuent de sévirent officieusement par le biais d'acteurs privés.
Notre objectif ici, est d'aller à l'inverse du courant de pensée dominant, et de montrer finalement, que cet idéal existe plus dans l'imaginaire que dans la réalité. En outre, il faudra montrer que ces minorités sont toujours sujettes aux discriminations car elles font parties des « autres » au regard du peuple japonais.
Ces minorités ne sont pas seulement ethniques, « les autres » recoupent aussi les japonais descendants des plus basses castes. Ainsi nous verrons les caractéristiques de ces différentes minorités au Japon (de leur origine, localisation historique et contemporaine, leur forme d'habitat si possible, à l'évolution de leur situation et de leur perception par les japonais). Nous parlerons des Ainous, des Burakumin, des Chinois et Coréens ainsi que des Nikkeijin.


Dernière édition par Ichibi Gaara zoro le Jeu 29 Nov - 2:41, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:05

Les Aïnous

        Les Ainous sont le peuple aborigène du Japon, il s'agit d'une minorité ethnique. Actuellement, on trouve ce peuple au Nord du Japon, sur l'île d'Hokkaidô mais aussi à l'extrême Est de la Russie. Il est difficile d'estimer précisément leur population, on retiendra le chiffre d'environ 25 000 individus sur l'île d'Hokkaidô. Il faut noter la variabilité de ce chiffre qui peut parfois monter à 100 000 individus, en effet, c'est un peuple qui a longtemps voulu être assimilées au sens d'intégrer [par la majorité], il y a eu des mariages mixtes et perte d'identité. En outre, beaucoup d'Ainous cachent leur origine pour éviter les discriminations, et certains n'en n'ont pas conscience du fait que leur parents leur aient caché leurs origines.
L'origine de ce peuple est controversée:, ce dont on est certain, c'est qu'il s'est installé antérieurement aux ancêtres des japonais majoritaires actuels, qui est un peuple mongoloïde. Physiquement, les ainous sont différents des japonais, Edwin O.Reischauer dira « qu'il s'agit d'un groupe ethnique protocaucasien qui se dégage de la race blanche avant que celle-ci n'est acquis ces caractéristiques morphologiques définitives ». Pour le géographe Jean Delvert, les Ainous descendraient d'un groupe ethnique austronésien, qui serait arrivé de l'Asie du Sud à l'époque Jômon il y a 10 000 ans, c'est aussi l'avis du géographe Philippe Pelletier. Morphologiquement, ils sont plus grands, plus forts physiquement, avec une pilosité plus marquée, une peau plus claire et les yeux moins bridés que les japonais actuels.
Après l'arrivée des descendants des japonais, les Ainous qui occupaient l'île d'Hokkaido et le Nord de l'île de Honshu ont été progressivement (entre les XV et XVII siècle) refoulés vers le Nord, au point qu'ils finissent pas se trouver majoritairement sur l'île d'Hokkaido. Jusqu'à la fin du XVIII siècle, les Ainous vont garder une relative autonomie vis à vis des « Wajin » Japonais, avec qui ils vont commercer.
Cependant, cette ethnie va représenter un intérêt pour les japonais dès lors que la Russie va s'intéresser à son extrême Est. En effet, le Japon n'a pas la conception d'un territoire bien délimité mais une conception centre/périphérie (Hondo/Rîto) à l'instar du monde chinois. Ainsi en 1799, les Ainous d'Hokkaido sont soumis à l'autorité du Shogun (« grand général pacificateur des barbares ») par le biais de politique d'assimilation forcée (religion, langue, éducation) dans le but de montrer aux Russes que l'île d'Hokkaido (appelée à l'époque Ezochi) est partie intégrante du territoire japonais. Après le traité de Shimodda signé en 1855, qui spécifie entre autre que Hokkaido est bien une île japonaise, l'assimilation forcée va s'accélérer (coutûmes interdites…) les japonais vont s'installer massivement sur l'île faisait des Ainous une minorité. En outre, le gouvernement prend le contrôle direct sur les terres Ainous.
L'Ere Meiji ne va pas améliorer la condition des Ainous, en effet, leur langue est interdit, affaiblissant grandement leur culture, du fait que celle-ci se transmette exclusivement par voie orale. De plus, on leur interdit, par décret gouvernemental, de pêcher, chasser, et toutes leurs activités faisant référence à leur origine, tel que la cueillette et la culture sur brûlis. Le gouvernement se rendant compte de la pauvreté d'une partie de l'île de Hokkaido (la population Ainou), décide de leur donner des parcelles de terres pour l'agriculture, mais cela fût un échec puisque que les meilleurs terres étaient occupées par les japonais.
Après la seconde guerre mondiale, le Japon a été démocratisé et il a été inscrit dans sa constitution le respect des droits de l'homme. Ainsi, les Ainous deviennent juridiquement les égaux des japonais. Bien quand 1986, le premier ministre parle de nation monoethnique, en 1997, les lois « loi sur le développement de la culture Ainou et la diffusion et l'instruction concernant la tradition Ainou » et « Nouvelle Loi Ainou » reconnaissent enfin l'existence d'une ethnie autochtone autre que japonaise et cherchent à protéger son héritage culturel. Malgré les efforts consentis, il y a toujours une discrimination sous-jacente envers eux; ils vivent moins bien que les japonais et font moins d'études.
Penchons nous maintenant sur les habitats Ainous qui possèdent des caractéristiques particulières notamment d'orientation, tel qu'on le retrouve dans d'autres pays d'Asie comme les Umah à Bali. Le système d'orientation diffère bien entendu des autres pays, mais il est intéressant de noter qu'il y en a un. Ce sont des maisons parfois sur pilotis avec une cloison végétale. Il y a presque toujours 3 fenêtres, deux à l'Est et une au Sud (associée au Divin), l'entrée est toujours à l'Ouest et il n'y a jamais de fenêtre au Nord. Le foyer de la maison se trouve un peu près au centre, mais assez éloigné de la fenêtre Sud, car il n'est pas permis de regarder par cette fenêtre, seuls les mauvais esprits le font. Il est difficile d'avoir plus de renseignements sur ce système d'orientation.


Dernière édition par Ichibi Gaara zoro le Ven 2 Mai - 18:06, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:06

Les Burakumins

Intéressons nous maintenant aux Burakumin, qui eux, ne sont pas une minorité ethnique mais une minorité sociale. « Buraku » signifiant « hameau » , les Burakumin sont donc les gens du hameau. Ces individus sont les descendants des sous-castes de l'époque féodale, des « eta » et des « hinin ». Littéralement, un « eta » est celui qui est abondamment souillé et un  « hinin » signifie le «non être », celui qui n'est pas humain. Les « hinin » étaient des itinérants, saltimbanques, comédiens, forains, charlatants ou délinquants. Ils étaient complètement exclus de la société, considérés comme inférieurs aux «eta », supposés ne pouvoir être que des mendiants ou délinquants. Ils avaient toutefois la possibilité de regagner la société contrairement aux « eta ». Les « eta » étaient les bouchers, tailleurs, croque-mort, gardiens de tombes royales,... etc , en fait, tous les individus ayant des métiers occasionnant de la pollution rituelle ou ayant contact avec les aspects inférieurs ou dangereux du sacré selon les croyances religieuses ; le Shintoïsme, la religion indigène qui est le culte de la pureté et de la vie et qui refoule donc le sang et l'impure et le Bouddhisme qui prêche la compassion et proscrit la nourriture animale. En cela, ils sont souvent comparés aux Intouchables en Inde. Ainsi les « eta » avaient un statut héréditaire constitué autour de métiers spécifiques dont ils avaient logiquement le monopole, sorte de compensation pour ce groupe qui effectuait des tâches indispensables pour une société. [Pour être plus complet sur ces castes nous rajouterons que les « eta » et « hinin » avaient une hiéarchie sociale interne, avec un chef appelé le « Danzaemon » pour les « eta » et le « Zenshichi » pour les « hinin »]. Les « eta » s'emparèrent d'autres métiers, tels que les manufactures de panier de bambous ou de sandales en paille, teintures des étoffes... sous l'effet de leur augmentation démographique. Ségrégation sociale mais aussi spatiale, cette communauté se concentra dans les « buraku ». Sur les cartes, ces villes étaient invisibles, et les distances inscrites pour aller d'un lieu à un autre étaient amputees quand celles-ci traversaient un « buraku ». Ces villes étaient toujours implantees sur les sites les plus impropres à l'installation humaine, surtout sur les berges de fleuves, où au Japon, un pays montagneux, les crues sont assez fréquentes.
Les Tokugawa (dynastie de shoguns qui dirigèrent le Japon de 1603 à 1867) voulurent fixer la structure sociale du pays par le biais de nombreuses règlementations, ainsi les « eta » ne pouvaient épouser d'autres membres de castes, n'avaient pas le droit de s'habiller comme les autres ou de porter des geta par exemple. En 1871, le système de castes féodales fut aboli et ces individus devinrent alors citoyens du Japon. Cependant, ce geste ne releva pas d'un geste de charité car en s'inscrivant sur les registres d'états civils, les « eta » étaient par conséquent inscrits sur les registres fiscaux. L'objectif était d'abolir les exceptions fiscales. Ainsi les burakumin payèrent des impôts, firent leur service militaire. Ils gagnèrent un statut officiellement égal, mais la discrimination envers eux continua à sévir, tout en perdant leur monopole économique. Ils s'appauvrirent rapidement.
Plusieurs groupes de protestation tel le « mouvement des niveleurs »[1922] (Suiheisha) apparurent pour obtenir une amélioration de la situation des burakumin.
Aujourd'hui, ces derniers vivent toujours dans des ghettos « buraku ». Ces « buraku » ont été longtemps les villes ou quartiers les plus dégradés du Japon, dépourvus d'adductions d'eau et d'égouts, on y trouvait les maladies associées. C'était les lieux des plus forts taux d'absentéisme scolaire. Mais soucieux de son image de puissance mondiale, ainsi que de la pression exercée par La Ligue de libération des « Buraku » (Buraku Kaiho Domei), la Japon consacra d'énormes moyens financiers ( les lois Dôwa, 210 milliards de yens, en 1985) à l'amélioration matérielle des « «Buraku ». Le gouvernement et les autorités locales sont en théorie obligés d'agir en faveur de l'intégration des Burkamin, les « buraku » sont d'ailleurs appelées « dōwa chiku » (zone d'assimilation). Toutefois, cette politique ne prend pas en compte les plus petits « buraku » ruraux (s'ils ne demandent pas d'aides) et n'aident pas les Burakumin qui ne se manifestent pas ou qui n'habitent pas dans des « buraku ». En 1993, on dénombrait 4533 « buraku » (varie de 5 ménages à plus de 100000, avec une moyenne de 155), situé pour la plupart dans l'Ouest du Japon, et pour trois quart en secteur rural. Ces communautés ne sont pas réparties également au Japon, et sont absentes de différentes préfectures (Hokkaidô, Tokyo, Okinawa …). On a toutefois des difficultés à les localiser, l'incertitude officielle a permis à certains Yakuza de faire passer leur quartier pour des « buraku » afin de bénéficier d'aides [On peut signaler en passant que les burakumins représentent, estime t-on 60% des Yakuzas].
Les burakumins subissent toujours, aujourd'hui une discrimination assez violente. Économiquement, ils ont de grandes difficultés à intégrer les grandes entreprises, des listes illégales des burakumin circulent, et permettent ainsi de les repérer. Des détectives privés mènent leurs enquêtes sur les candidats àl'emploi, vérifient avec qui ils sont mariés, ou ils sont nés, l'origine des parents de l'individu et de son conjoint. Certains burakumin ne savent pas qu'ils le sont car leurs parents leur ont caché leurs origines pour leur éviter les discriminations. Quand les « zaibatsu » (grandes entreprises japonaises) pratiquaient la politique l'emploi à vie, cela ne s'appliquait jamais aux Burakumin (depuis 1997 et la crise, cette politique est de toute façon remise en cause). Socialement, un Burakumin a des difficultés à se marier en dehors de son groupe, les familles font souvent appellent à des intermédiaires ou détectives pour vérifier l'origine du partenaire avant le mariage. Pour ces Burakumins qui partagent les valeurs des japonais, (intégration au groupe, respect, harmonie sociale) ces discriminations sont difficiles à supporter.
Population invisible au Japon (minorité silencieuse et cachée aussi volontairement), ils représenteraient trois millions d'individus.


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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:07

Les minorités ethniques et récentes :

Maintenant, penchons nous sur les minorités ethniques issues de vagues de migration à l'époque de la cosmopolitisation. Ces immigrés, étrangers (« Gaijin ») prennent la place des « dekasegi ».Ces derniers étaient les « immigrés de l'intérieur », main-d'œuvre faisant le déplacement de la campagne vers la ville. Les nouveaux venus occupent souvent les métiers les plus pénibles, sous-payés et/ou dans des conditions difficiles, que les Japonais se refusent de faire (les trois “K” : kitsui (pénible), kitanai (sale), kiken (dangereux). Ces immigrés sont souvent des jeunes hommes venus du continent dans le pays, qui a longtemps été l'unique moteur économique de la région et offrant l'illusion d'une vie meilleure. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale jusque dans les années 80, la majeure partie de ces travailleurs étaient Coréen (86,2% des étrangers en 1982). Mais le Japon va adopter des politiques encourageant relativement l'immigration, et ces dix dernières années la population d'étranger a augmenté de 50% (les étrangers représentent moins de 2% de la population totale). En 2004, la première communauté étrangère est toujours coréenne, mais ne représente plus que 31% des étrangers. Les principales communautés aujourd'hui sont coréenne, chinoise et brésilienne/péruvienne (les « Nikkeijin »). Nous allons étudier de plus près ces trois communautés.


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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:08

Les Coréens-du-Japon

Les Coréens-du-Japon (« Zainichi ») sont la première ethnie étrangère au Japon, avec environ 700 000 individus en 2005. Dans les mentalités, ils seraient comparables aux immigrés d'Afrique du Nord pour les français. Ils souffrent d'une mauvaise réputation et ont subi (subissent toujours mais beaucoup moins) les discriminations.
Bien que les Japonais ressentent un fort sentiment de supériorité envers les Coréens, leurs histoires sont pourtant étroitement liées. Les fouilles archéologiques montrent que les premières grandes tombes impériales japonaises (« kofun ») présentent d'importantes similitudes avec la culture coréenne de l'époque. Ainsi l'empereur ne serait pas le descendant de la déesse du Soleil « Amaterasu », et les japonais ne seraient pas les uniques survivants du continent Mu, le jardin d'Eden englouti dans les océans. En effet, dans les mentalités anciennes et nationalistes, le peuple japonais est supérieur. Les premières installations coréennes que l'on ait retrouvées au Japon datent du V siècle, et à l'époque du royaume des « Wa », du VI au VII, des érudits coréens importèrent les idéogrammes chinois et la bureaucratie. Ensuite, les deux pays évoluèrent l'un à côté de l'autre sans réelle interaction. Mais la situation des deux pays changea au début de XX siècle. La victoire remportée contre les russes en 1905 prouva aux japonais qu'ils étaient les égaux des occidentaux, ils commencèrent alors leur expansion militaire sur les peuples « moins avancés » de la région. La Corée fut annexée en 1910. C'est à cette époque que s'effectue la première vague de migration, des départs au début volontaires provoqués par le développement économique du Japon. En 1921, on compte 35 000 Coréens au Japon puis 400 000 en 1932. Ils ne pouvaient habiter que sur le lieu de leur travail ou dans des ghettos semblables ou mêlés aux « Buraku ». Cependant, à partir de 1930, la main d'œuvre est à la fois volontaire et forcée, elle est chargée de remplacer les japonais alors enrôlés comme soldats. La deuxième vague migratoire s'effectue pendant la Seconde Guerre Mondiale. En effet, en 1939 est signé « l'acte de mobilisation nationale » qui permet de faire venir de force 800 000 Coréens au Japon (90 000 réussissent à s'échapper). Ils travaillent alors dans des mines de charbon sur Hokkaidô dans des conditions extrêmement dures. On compte alors 2,1 millions de Coréen en 1945, localisés principalement àl'ouest, et au nord du Japon. Lors de la capitulation, la police ne leur a fait aucun mal dans le but de préserver la main-d'œuvre. Ils étaient enregistrés comme ressortissants de « Chōsen » (la Corée dans son ensemble). Mais la partition de la Corée va rendre leur statut difficile. Ces Coréens ont alors l'occasion de choisir la nationalité sud-coréenne mais pas nord-coréenne car le Japon ne reconnaît pas cet Etat, la Corée du Sud étant considérée comme le gouvernement légitime de la Corée dans son ensemble. Les Coréens communistes gardèrent alors le statut « Chōsen ». En outre, le Japon d'après guerre connut dans l'immédiat d'importantes difficultés économiques ce qui eut pour conséquence que la moitié des 2,1 millions de Coréen quittèrent le Japon. Une partie de la communauté est restée car la situation économique de la Corée en 1945 est catastrophique, en outre, beaucoup de coréens restés sont issus de la première vague de migration et ont donc trouvé un point d'ancrage.
En 1955, fut fondée L'Association générale des Coréens résidant au Japon « Chongryon » procommuniste. Elle constitue une société parallèle avec son propre système sociale, réseau éducatif, financier et judiciaire. Par la suite est crée l'Union des résidents coréens du Japon « Midan » l'ater ego capitaliste (la Corée du Sud) du « Chongryon ». Parallèlement à l'organisation des coréens sur le territoire, le Japon promulgua des lois d'enregistrement sur les étrangers. Ces derniers doivent dès lors porter une carte d'enregistrement avec empreintes et photographie en permanence, sachant que les japonais ne sont pas obligés d'avoir sur eux leur papier d'identité c'est une mesure discriminatoire (en outre, les empreintes sont généralement réservées aux criminels). Cette carte est renouvelable tous les 5 ans sous conditions. Concrètement, pour être résident permanent, il faut être affilié au « Midan » (50 % des « Zainichi » le sont), il ne faut pas être au chômage et avoir un casier judiciaire vierge. Les enfants et petits-enfants sont soumis aux mêmes conditions. En outre, la naturalisation est extrêmement difficile à obtenir, il n'y a pas le droit du sol ; pour être japonais il faut être né de parents japonais. Avoir un passeport peut être compliqué ou simple; simple pour ceux qui se sont déclarés ressortissant de la Corée du Sud qui possède une ambassade, et impossible sur le territoire japonais pour ceux qui se sont déclarés de la Corée du Nord. Ainsi, de nombreux « Zainichi » du Nord rejoignent le « Midan ».
Les « Zainichi » subirent jusque dans les années 80 une forte discrimination. S'ils ressemblent physiquement aux japonais, ils doivent en plus japoniser leur nom pour espérer être embauchés dans les entreprises japonaises. Changer son nom est beaucoup plus facile que d'acquérir la nationalité japonaise. En général, les « Zainichi » n'ont eu d'autre choix que de travailler dans les ghettos-coréens. Pour les élèves scolarisés dans les écoles hors-ghettos, ils subissent les quolibets de leur « camarades » japonais. Mais après 1980, leur situation progresse peu à peu. D'un, les nouvelles générations sont souvent mieux intégrées à la société, en outre, la nouvelle vague d'immigration (relative) apporte finalement satisfaction aux nouveaux migrants et, se fait dans un nouveau contexte où le Japon encourage relativement l'immigration. 80% des mariages impliquant un partenaire coréen se fait avec un japonais. Les coréens s'intègrent progressivement, et occupent parfois des postes visibles, médiatiques, évoquant avec une certaine fièrté leur origine.


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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:09

Les Chinois

Les chinois sont la deuxième communauté étrangère au Japon, et ces dernières années, ils sont au coude à coude avec les Coréens avec environ 30% de la population étrangère. En fait, on peut distinguer deux types de migrants chinois selon qu'ils soient arrivés avant ou après 1980 avec les nouvelles politiques d'immigration.
Les chinois sont traditionnellement perçus comme « une minorité modèle » à l'opposé de la conception que les japonais ont, par exemple, des Coréens. Pourtant, cette acception cache une longue histoire d'exploitation et d'exclusion dont la meilleure manifestation est le manque d'intellectuels s'intéressant à la communauté chinoise, preuve d'une certaine marginalisation.
Pendant longtemps les intellectuels japonais on regardé la Chine comme la source primaire de culture. En effet, la pensée chinoise, qui voit la Chine comme le centre des civilisations entourée par les barbares, a été adopté par l'élite japonaise. Lors de la période de stabilité des Tokugawa, ces derniers ont encouragé l'éducation de l'élite des samouraïs, ce qui a conduit à l'importation de nombreuses œuvres chinoises. Pendant un certain temps, le chinois est resté la langue des classes littéraires et moyennes ainsi que la langue la plus lue, beaucoup de livres ont été importés de Chine. Cependant, l'élite japonaise ne va pas continuer à accepter orthodoxalement les principes du Confucianisme et, va commencer par les réévaluer. En effet, la pensée chinoise faisait du Japon sa périphérie et par conséquent un peuple de barbares. Or les penseurs de Tokugawa ont fait remarquer que la Chine a été de nombreuses fois conquise par des barbares (Mongols, Mandchoues) alors que le Japon n'a jamais été envahi par une autre « race ». Ils ont par conséquent réajusté le cœur de la civilisation sur le Japon et ont éprouvé un sentiment de supériorité vis à vis de la Chine. La guerre Sino-japonaise remportée par le Japon en 1895 prouva aux japonais qu'ils étaient supérieurs à la Chine. A cette période, les puissances occidentales réfléchissaient à la partition de la Chine et le Japon, qui refusait de se sentir inférieur aux occidentaux, décida de prendre une partie du « gâteau », ce qui était de plus une sureté à l'intégrité du territoire japonais.
Les premières réelles communautés chinoises, qui étaient en fait des communautés marchandes, se sont installées au XVI siècle, sur les côtes de Kyushu et dans la région du Kantô. Ces chinois étaient des artisans recrutés par les seigneurs japonais. En 1618, on estime qu'il y a environ 2000 chinois à Nagasaki. De plus la Dynastie des Ming fut renversée par les Qing en 1644, et de ce fait plusieurs milliers d'intellectuels des Ming trouvèrent refuge au Japon. Ensuite, des marchands chinois arrivèrent de plus en plus à Nagasaki, c'est alors que le Tokugawa Bakufu ordonna la concentration des chinois dans des « quartiers résidentiels ». En 1689, ce quartier à Nagasaki compta environ 5000 chinois, et la liaison avec les autorités japonaises étaient assurées par des interprètes chinois, issus pour la plupart de parents Chinois et Japonais. Cependant, officiellement et pour les autorités japonaises, ces marchands chinois étaient des barbares et il fallait éviter de commercer avec eux. On note toutefois qu'ils étaient relativement bien acceptés par la population, davantage que leurs homologues hollandais qui étaient aussi en relation avec le Japon.
Après 1853 et avec la modernisation du Japon, de nouveaux immigrants (ouvriers, artisans) arrivèrent. Ils recevaient de bas salaires pour des tâches pénibles mais certains réussirent à établir des magasins, hôtels, restaurants... Les chinois se concentraient dans les anciens « quartiers résidentiels » qui se caractérisaient par une mauvaise hygiène, des hôtels peu chers avec de nombreux marins ivres qu'ils attiraient. De ce fait, les Japonais et occidentaux évitaient ces quartiers. En outre, bien que le confinement des chinois n'était plus obligatoire, ces derniers continuaient de s'y concentrer. La majorité des immigrants étaient des jeunes hommes célibataires originaires d'aires d'immigration bien définies en Chine: Guangdong, Fujian, Sanghai, Ningbo et du Nord de la Chine. On remarque qu'il y a une logique dans ces migrations, en effet, les chinois sur place, envoyaient des informations dans la région où ils étaient originaires. De ce fait il y avait des chaines de migration : les chinois de Fujian allèrent à Nagasaki, ceux de Shanghai, Jiangsu et de Chine du Nord allèrent à Osaka, et ceux de Guandgong à Yokohama. Ces chinois avaient le monopole du commerce avec la Chine, il en ressortit donc une minorité riche. Ces quartiers chinois devinrent les Chinatowns. Avec une population de plus en plus importante, on eu besoin d'ouvrir un Consul de Chine, en outre pour régler tous les litiges. En même temps que leur population augmentait, un sentiment anti-chinois se développa (ils fut parfois appelé « bôzu » les singes). Avec la guerre de sino-japonaise et le sentiment nationaliste, ils furent encore plus dénigrés. Les chinois du Japon étaient considérés comme non-patriote et lâches. En outre, les résidents chinois durent payer des taxes pour le coût de la guerre. Les chinois résidents avait l'interdiction de travailler hors de leur quartier sans la permission de la préfecture. En outre, une ordonnance évita l'immigration de paysans ou de chinois des zones rurales, ce qui changea la composition de la communauté chinoise désormais composée d'ouvriers qualifiées, commerçants, artisans, qui ne pouvaient résider que dans les Chinatowns. Cela donna un caractère urbain à la communauté chinoise. Avec la colonisation de Taïwan, de nombreux étudiants arrivèrent au Japon, pour avoir accès à des postes dans le secondaire et tertiaire alors presque absents dans la petite île. Ils subirent la discrimination, ayant moins de chance de réussir que les étudiants japonais. Quand le Japon envahit la Mandchourie, on estime que 50% des chinois commerçants de Kobe, Osaka, et Yokohama retournèrent combattre les japonais.
Cependant, les chinois continuèrent à avoir un rôle prépondérant dans la fourniture de services. Après la Seconde Guerre mondiale, les chinois de Taïwan formèrent alors un groupe à part en terme d'emploi, de localisation (peu dans les Chinatown), finalement heureux en affaire.
Toutefois le développement cette communauté chinoise, qui sembla alors organisée et maitrisée, s'intégrant relativement bien à la société, ne fut pas le fruit (seulement) de la politique japonaise, pas plus que la politique chinoise (inactive dans ce processus). En fait, ce sont les immigrants chinois (la plupart de Taïwan) qui ont apporté avec eux leur organisation sociale et économique et formé en quelques sortes une société parallèle, qui leur a permis de garder une identité distincte des japonais et des autres minorités. Ceci leur a permis un relative succès économique et d'être considérés comme un « minorité modèle ».
La répartition des chinois est alors différente de celle du XIX siècle. On comptait 68 000 chinois en 1975 dont 21 000 sont à Tokyo, 9000 à la préfecture de Hyogo , 7000 à Kanagawa et 8000 à Osaka. A Aichi, Kyoto et Fukuoka comptaient chacune, 1 500 résidents chinois, et seulement 800 à Nagasaki. Comme par le passé, chaque ville a une communauté dominée par une certaine région de Chine ( les Cantonais pour Kanagawa (26%), Guangdong pour Hyogo (21%) ...)
Nous pouvons toutefois dire quelques mots de l'immigration chinoise après 1980 qui s'est faite dans un nouveau contexte. Si on prend en compte les étrangers arrivés depuis 1970, ce sont les chinois qui occupent la première place, ils sont donc arrivés assez massivement, et se différencient en plus des anciens chinois. Loin de remettre le concept de « minorité modèle » en question, cette nouvelle migration va conforter cette idée. Depuis 1980 la politique japonaise d'immigration a évolué mais reste tout de même très restrictive, elle ne permet l'entrée que de travailleurs étrangers très qualifiées. En 1983, a été lancé un projet dans le but d'atteindre 100 000 étudiants étrangers. Cela a en fait énormément profité aux étudiants chinois (de la Chine continentale). Ils occupent des emplois non-qualifiés temporaires le temps de financer leur étude, et ensuite, une fois formés par les universités japonaises, ils restent et occupent des emplois très qualifiés. Les emplois non-qualifiés étant temporaires, il n'y a pas de concentration chinoise dans ces secteurs d'activité. En outre, ces nouveaux migrants qualifiées possèdent maintenant, logiquement, une grande mobilité sociale. Ainsi, on estime que 12% de cette population fait partie des classes les plus élevés et la majeure partie appartient aux classes moyennes. En plus des étudiants, il faut compter les expatriés chinois, résidents au Japon. A la différence, des étudiants précédents, ils ont un autre rapport à l'espace et font régulièrement le voyage Chine / Japon, en tirant parti de la complémentarité des deux pays. Ils ont un champ social et spatial transnational, régional, le Japon étant comme le prolongement de la Chine.
Il n'y a pas de concentration spatiale de ces nouveaux venus, on constate une certaine dispersion résidentielle, cela du fait de leur condition sociale. Il y a une énorme différence d'avec les anciens migrants. Les nouveaux ont des formes de représentation plus proche des occidentaux, visibles dans les loisirs et activités. En outre, ils ne sont pas originaires des mêmes régions car un nouveau flux migratoire étudiants s'est mis en place, les étudiants faisaient venir leur connaissance etc... Ainsi, en 1999, la population chinoise se répartit dans l'archipel de cette façon : 41 041 personnes sont originaires de Shanghai (15,1 %), 38 524 personnes de Taiwan (14,2 %), 33 750 personnes du Heilongjiang (12,4 %), 25 780 personnes du Liaoning (9,5 %), 23 554 personnes du Fujian (8,7 %), 18 548 personnes de Pékin (6,8 %) et 17 522 personnes du Jilin (6,4 %). En faite, l'importance des régions traditionnelles de migration s'affaiblit (Fujian, Canton), et l'on remarque que les nouveaux nouveaux migrants arrivent des grandes villes et des régions du Nord.
Ce nouveau type de migration contraste avec la main-d'œuvre étrangère peu qualifiée : les « Nikkeijin ».


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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:11

Les Nikkeijin

Contrairement aux pays occidentaux, le Japon a réussi à construire sa croissance sans faire appel à la main-d'œuvre étrangère jusque dans les années 80. Cependant, la forte croissance économique continua et s'accéléra du fait du passage à une économie tertiaire. Bien que la « loi de contrôle de l'immigration » ne permette que l'entrée d'étrangers qualifiées, une immigration illégale se développe dans les secteurs ayant besoin de main-d'œuvre peu qualifiée; manufactures et services. Le Japon va officieusement opter pour une immigration choisie. Il va offrir des stages professionnels ou des visas étudiants à un certain type de population, les « Nikkeijin ». Le Japon leur ouvre ses frontières et 100 000 visas sont distribués aux « Nikkeijin » qui fuit la crise de l'Amérique Latine et sont aspirés par un Japon en essor. Il y a donc une contradiction entre la politique affichée par le Japon sur l'immigration et la présence d'un important nombre de travailleurs étrangers peu ou non qualifiés. Le but des japonais est d'éviter l'immigration des Philippins, Chinois, Coréen, Bengalis et encore plus Africains pour occuper des emplois peu qualifiées. Seul les « Nikkeijin » pourront travailler légalement dans ce secteur. En fait, les « Nikkeijin » sont les descendants de Japonais (environ de troisième génération) qui ont immigré en Amérique Latine principalement, entre 1868 et 1973. Ils viennent surtout du Brésil et du Pérou. Cette population a été choisie car, étant d'origine japonaise, elle est jugée comme plus assimilable. En effet, il ne faudrait pas mettre en danger le modèle ethno-culturel homogène japonais qui a jusqu' alors fait la force de cette nation. Cependant, en réalité, les « Nikkeijin » ne vont pas répondre à l'espoir que les japonais avaient placé en eux.
Les « Nikkeijin » sont les descendants de japonais de seconde ou troisième génération installés à l'étranger; entre 1868 et 1941, environ, 250 000 japonais ont immigrés en Amérique du Sud. Ce phénomène a été encouragé par le gouvernement dans un Japon en augmentation démographique, et incité aussi par certains pays d'Amérique Latine, pour les aider à développer les régions intérieures. Ils étaient employés dans des plantations de sucre et café et étaient vus comme des personnes honnêtes et « hard workers », des gens travaillant durement. Ils réussirent même à établir leur propre fermes avec succès. Après la Seconde Guerre mondiale, le nombre de « Nikkeijin » au Brésil augmenta. En outre, le situation sociale, et le niveau de la seconde et troisième génération s'améliora parallèlement. La communauté « Nikkeijin » du Brésil est la plus importante du monde, elle atteint plus 1, 2 millions d'individus, dont 9% sont de la première génération, 37% de la deuxième et 41% de la troisième (le reste étant de la quatrième et cinquième génération). Les opportunités d'emplois offertes au Japon et les difficultés économiques de ces pays ont ensuite poussé un certain nombre de « Nikkeijin » à retourner au pays. Entre 1960 et 1970, les « Nikkeijin » étaient numériquement au Japon peu nombreux, de la seconde ou troisième génération, possédant la double nationalité et occupant des emplois manuels et physiques. La première génération était trop vieille pour ce type d'emplois. Ils se concentrèrent là où il y avait des emplois, à Tokyo pour la construction des infrastructures dédiés aux Jeux Olympiques de 1964 desquels le Japon avait promis d'en faire les plus grands jeux de l'histoire, et à Osaka pour « The Osaka World Exposition » en 1970. Cependant après 1985 beaucoup de « Nikkeijin » de seconde génération arrivèrent sans posséder la nationalité japonaise et beaucoup rencontrèrent des difficultés pour obtenir un visa. De ce fait, le gouvernement japonais créa une catégorie «conjoint ou enfant de ressortissant japonais ». Pour obtenir ce statut , il fallait que les parents et les grands-parents soient japonais. Ces « Nikkeijin » avaient un statut de résident temporaire. Cependant, la demande de main-d'œuvre s'accroissant, la « loi de contrôle sur l'immigration » fut révisée, et la seconde et troisième génération eurent l'opportunité d'obtenir un statut de résident à long terme. Avec ce nouveau statut qui n'est pas un visa, les « Nikkeijin » purent occuper tous les emplois sans restriction, ce qui encouragea l'arrivée de nouveaux « Nikkeijin ».
Les employeurs rentrèrent en compétition pour employer ces « Nikkeijin » main-d'œuvre très recherchée. Alors de plus en plus de « Nikkeijin » obtinrent le statut de «conjoint ou enfant de ressortissant japonais » et/puis de résident à long terme. Finalement, ils reçurent aussi la possibilité de s'installer définitivement au Japon, bien que le gouvernement n'ait, dans un premier temps, pas envisagé cette option. Alors que le gouvernement fait des efforts pour les intégrer à la majorité, les « Nikkeijin » se concentrent bien souvent dans des ghettos, et lors de la récession (début des années 90) ils furent considérés comme un surplus de main-d'œuvre sur le marché du travail, pareils aux travailleurs illégaux. En outre, leur salaire sont du même ordre que ces derniers.
Aujourd'hui, ils sont environ 700 000, et localisés précisément. Ils travaillent dans des départements industriels, dans la sous-traitance automobile, au Nord Est de Tokyo, à Toyota et à Nagoya.
Avec leur aspect et patronyme japonais, ils ne sont toutefois pas assimilés. D'âge moyen de 30 à 40 ans, ils ont gardé la culture latino-américaine. En outre, ils parlent mal et comprennent moyennement le japonais, ce qui est difficile à croire pour les japonais. Ils souffrent donc d'un problème de communication dans les différents aspects de la vie. Les japonais sont souvent marris par ces latinos bruyants dans une société où le calme et la tranquillité règnent.


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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:12

Conclusion :

Ces cinq minorités sont révélatrices d'une certaine hétérogénéité du Japon allant à l'encontre de l'idée d'une société parfaitement homogène issue d'une unique ethnie culturellement identifiable. L'auteur du « Dernier Shôgun », Shiba Ryôtarô écrit en 1970 que le Japon était une société sans classe sociale, ainsi unique dans l'histoire. Cependant, notre démonstration nuance cette affirmation, et nous pourrions encore rédiger quelques lignes sur la minorité sociale que constitue les « hiyatoi », les travailleurs japonais journaliers, honni par la société ou, la minorité ethnique d'Okinawa, descendants des gens du Royaume des Ryûkû, culturellement différents. Il y a donc, au Japon, une réelle question sur l'identité nationale, qui a, dans ce pays raison d'être. Par exemple, l'arrivée des « Nikkeijin » aurait pu ouvrir le Japon à l'acception de nouvelles cultures dans le peuple japonais, cependant, à l'inverse, il y a eu un renforcement du caractère ethno-national du Japon.
En fait, si les japonais reconnaissent leur société comme homogène, c'est parce-qu'ils ne considèrent pas les minorités comme faisant partie intégrante de la société. Les minorités ne possèdent pas les attributs de la japonité, c'est à dire qu'ils ne sont pas de vrais japonais. Pour être un vrai japonais selon cette conception, il faut être de descendance japonaise, être de culture et avoir la nationalité japonaise. Cela exclut une grande partie des minorités de cette conception. Si ce concept est aujourd'hui peu à peu délaissé, cela pose toutefois des questions sur la capacité du Japon à changer sa réflexion identitaire...
Maintenant, une autre question peut-être posée pour ouverture : est-ce que le Japon et ses médias donnent l'occasion aux occidentaux d'entrevoir ces minorités, souvent qualifiées d'invisibles ?

Après quelques recherches, il est en effet possible de distinguer quelques représentant de minorités. « Princesse Mononoké » le film du réalisateur de films d'animation Hayao Miyazaki, présente un héros, Ashitaka, possédant de grandes similitudes avec les Ainous. S'il est présenté dans le film comme un « Emishi », un peuple « barbare » du Nord, Miyazaki se refuse à dire qu'il s'agit concrètement d'un Ainou, car il y a encore des débats houleux sur le fait que les « Emishi » soient oui ou non de même ligné que les Ainous. Cependant, la présence d'esprit des arbres dans le film est typiquement une croyance des Ainous (les « koropokkuru ») comme la présence « Inaos » (talisman de bois sculpté avec des frises) présent devant la maison du village.
D'une autre part, le manga « Bleach » connaissant un succès international auprès des jeunes, présente un personnage, Yasutora Sado, venant d'Okinawa (il est représenté avec une peau plus foncée), et partant rejoindre son grand-père en Amérique Latine, au Mexique. De ce fait, à son retour au Japon, il utilise parfois l'espagnol. Un personnage àla fois d'Okinawa et « Nikkeijin », ce n'est pas rien !
Cependant, ces exemples sont des œuvres récentes et même s'il on croise la route de ces individus, on ne fait pas toujours le rapport avec les minorités japonaises, car l'origine de ces personnages n'est jamais clairement présentée.
Mais, on peut toutefois noter leur apparition, ce qui laisse penser à une acception progressive de leur existence.


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MessageSujet: Re: Les Minorités du Japon   Ven 22 Jan - 21:12

Bibliographie :

Japan's Minorities, The illusion of homogeneity ; dirigé par Michael Weiner (Director and Senior Lecturer, East Asia Research Center, School of East Asia Studies, University of Sheffield)
Atlas du Japon ; de Philippe Pelletier (Professeur de Géographie à l'Université Lyon II, spécialiste du Japon)
Histoire du Japon et des Japonais, des origines à 1945; d'Edwin O.Reischauer (Enseignant à Havard et Ambassadeur des États-Unis au Japon de 1961 à 1966)
Histoire du Japon et des Japonais, de 1945 à 1975; d'Edwin O.Reischauer
Histoire du Japon; de Danielle Elisseeff (Diplômée de l'Ecole nationale des chartes, de l'Ecole pratique des hautes études et de l'Ecole des langues orientales, professeur émérite au Centre d'Etudes sur la Chine Moderne et Contemporaine de l'EHESS)
Le Japon mal rasé; de Jean-Manuel Traidmond. (travaille en tant que guide-interprète en anglais, danois et italien, livre qui ne peut être caractérisé comme scientifique, qui offre néanmoins un rapport direct aux populations par des interviews recueillies au près des minorités et qui traîte pour la première fois, par exemple, profondément des Coréens-du-Japon en français)
Japon, Peuples & Horizons, Aimer, comprendre, connaître ; réviser par Jean-François Sabouret (Sociologue français, il a soutenu une thèse sur les minorités discriminées au Japon en 1981 à l'École des hautes études en sciences sociales.)
Le Japon, Peuples et Nations; de David S. Thomson, conseillé par Susan J. Pharr (professeur adjoint de science politique à l'Université du Winconsin, Maître de conférence à l'Université d'Havard), Edwin O.Reischauer et Marry I White (Dîplomé d'Hadvard, responsable des études traitant du potentiel humain dans le cadre de recherches à Hadvard).
Le Japon, collection Monde et Découvertes, de Danielle Elisseeff.
Bienvenu en Japonésie, article dans le magasine GEO de Philippe Pelletier.

Documentation internet :

Les minorités en droit public interne au Japon; rapport de Hajimé Yamamoto (Professeur à l'Université de Tohoku [Sendaï, Japon], ancien professeur invité des faculté Université de Lyon II et Université de Montpellier I)
La nouvelle immigration chinoise au Japon, entre mobilité et intégration, d'Hélène le Bail (chercheuse à l'institut français des relations internationales [Ifri])
Les défis posés au Japon ; de Philippe Pelletier sur cafe géo.
Le site hokkaidonokuma.com.

Raphaël Russeil, étudiant de L2 de Géographie en Asie des Hautes densités. Paris Diderot 7.
Décembre 2009

Félicitations à tous ceux qui ont tout lu.


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